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copenhaguen-manif.jpgPhotographie REUTERS

Près de 100 000 manifestants dans les rues de Copenhague ce samedi 12 décembre, dans un froid de canard ! Une marée humaine ! La plus grosse manifestation jamais organisée pour une cause « environnementale » (même si le dérèglement climatique peut légitimement déroger à cette seule catégorie). Le moins qu'on puisse dire est que la société civile (associations, syndicats, partis politiques écologistes et au-delà, citoyens) n'a pas raté son rendez-vous avec l'histoire. Dans le cortège bon enfant, festif, plein d'humour, des marées de drapeaux verts (associatifs et politiques) : le monde de l'écologie est présent en masse. Les partis verts européens et du reste du monde sont bel et bien là : beaucoup de Danois, bien sûr, d'Allemands, de Belges, et une forte délégation française.

La veille au soir, une rencontre organisée par la Global Greens Coordination (les Verts mondiaux) et la Heinrich Böll Fondation avait permis de montrer que le mouvement Vert planétaire était bien présent au rendez-vous. Outre les pays européens voisins, mais aussi l’Estonie, des représentants d'Amérique du Sud (Brésil, Pérou, Argentine), d'Afrique (Sénégal, Rwanda, Maroc), d'Asie (Chine, Népal), d'Australie, du Canada, etc. Particulièrement marquante fut l'intervention d'Alfredo Sirkis, ancien Président des Verts brésiliens et ancien candidat à l'élection présidentielle brésilienne. Au nom des Verts brésiliens, il a déclaré, que les pays émergents (notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, etc.) doivent eux aussi prendre leur part de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, certes à un niveau moindre que celui des pays industrialisés mais significatif et quantifiable. Et que c'est surtout sur le financement de l'aide aux pays les plus pauvres que le traitement doit être clairement différencié entre pays historiquement responsables des émissions et les autres pays. J'insistais pour ma part pour que cette rencontre débouche sur une déclaration commune des partis Verts, qui préciserait ce que serait un « bon accord de Copenhague » permettant de déterminer la toise au regard de laquelle nous jugerions de la pertinence du texte final. Cette déclaration devrait être rendue publique ce dimanche.

Militants associatifs et politiques, nous sommes bien décidés, non seulement à participer aux manifestations, notamment celle d’hier mais aussi à peser dans les ultimes négociations qui ont lieu au Bella Center, tout au long de la semaine à venir.

Car l'enjeu reste bien celui-là : peser le maximum, à l'intérieur comme à l'extérieur pour un accord le plus ambitieux possible. À l'intérieur, par le lobbying, les discussions, l'interpellation publique systématique des délégations nationales, à commencer par les plus puissantes. À l'extérieur, en multipliant les initiatives visibles, massives, capables de faire comprendre aux chefs d'Etat que l'échec leur est interdit, non seulement au regard de leur responsabilité historique mais aussi plus pragmatiquement de leur crédibilité politique, une fois revenus dans leur pays.

Après le round d'observation qu'a constitué cette première semaine, celle à venir s'avère décisive. Un texte de base est certes sur la table, mais il laisse ouvertes de nombreuses questions :

- le degré de réchauffement « acceptable » à 2 degrés, voire 1,5 degrés, nouveauté dans les discussions probablement due au coup d'éclat de Tuvalu et dont on verra si elle résistera aux inévitables pressions ;

- les objectifs de réduction des émissions actuellement ciblés dans la fourchette haute (- 30 à - 40% à l'horizon 2020 pour les pays industrialisés) qui pourraient forcer l'Union Européenne (aujourd'hui figée à - 20%) à bouger, mais qui font surtout hurler les États-Unis (pourtant mauvais élèves de la classe) estimant que les pays dits émergents (Chine, Inde, Brésil) devraient se voir attribuer eux aussi des objectifs obligatoires ;

- le caractère non contraignant en l'état de l'accord qui fait craindre que le document adopté ne soit finalement que de la poudre aux yeux ;

- le niveau des premières aides financières (d'ici à 2012) pour l'instant non encore garanti : sur la vingtaine de milliards attendus, l'Union Européenne s'est certes engagée à en apporter sept, mais rien ne garantit qu'il s'agisse de financements additionnels et non des financements prélevés sur l'aide traditionnelle aux pays pauvres, ainsi sommés de choisir entre la lutte contre les maladies, l'aide au développement, etc. ou la lutte contre le dérèglement climatique !

- l'absence de mécanisme de financement pérenne au-delà de 2012 permettant d'atteindre les plus de 100 milliards d'euros annuels nécessaires à terme, pour lesquels les « engagements volontaires » actuels ne constituent évidemment en aucun cas un cadre satisfaisant.

Sans oublier de nombreux autres sujets plus techniques mais dont l'encadrement est indispensable, afin que les engagements pris ne soient pas vidés de leur contenu : déforestation, puits de carbone, traitement des terres, mécanismes de flexibilité (marché du carbone, mécanisme dit de développement propre), technologies reconnues comme « propres » (la question du nucléaire étant la plus emblématique) sans oublier la reconnaissance du rôle des gouvernements locaux dans la mise en oeuvre de l'accord.

Beaucoup de points restent donc à clarifier, même si certains sont plus stratégiques que d'autres. Pour Pierre Radanne sans caractère contraignant de l'accord et sans mécanisme de financement pérenne, il n’y aura pas d'accord possible. Pour lui, qui défend les intérêts des pays africains, pour la première fois unis dans une telle négociation, les Etats les plus menacés - l'Afrique et les Etats insulaires - sont bien décidés à peser jusqu'au bout et à ne pas valider un accord insuffisamment ambitieux. Et on les comprend : il s'agit ni plus ni moins que de leur survie. Espérons que les pressions des grandes puissances n'auront pas raison de cette détermination.

C’est donc une semaine passionnante qui s’annonce, pleine de dangers mais aussi d'espoirs, qui se déroulera dans les salons fermés du Bella Center, mais aussi sous les yeux du monde entier. Nous avons tous intérêts à les garder bien ouverts, et à faire entendre si nécessaire aux dirigeants du monde entier qu’ils n’ont ni le droit d’échouer, ni celui de maquiller un accord non satisfaisant en un texte acceptable.

C'est maintenant, pas demain, qu'il faut prendre les bonnes décisions.

D'après un compte rendu de Denis Baupin, présent à Copenhague.

Tag(s) : #Au jour le jour
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